Le désarroi du vieil Hubert

André Hamel
Le désarroi du vieil Hubert
Leméac éditeur, 2019

CE QUE DIT LE ROMAN
Hubert Hubert est un homme sans histoire qui vieillit sans le savoir. Un matin, au petit bonheur de sa marche quotidienne dans les rues de son village, il découvre qu’Omer, son ami de toujours, est allé vivre en résidence. C’est le choc : sa vie n’aurait-elle été qu’un rêve, qu’une suite de faux départs, d’élans brisés ? La nuit de ce jour-là, entre l’effarement et la grâce, Hubert retrouve un premier amour sous les traits d’une petite vieille manipulatrice, se reconnaît dans l’idiot du village, prend la tête d’une armée de personnes âgées et finit dans la peau du Christophe Colomb de théâtre qu’il avait joué au collège. Au matin de cette nuit-là, à la première de ses dernières heures, il redécouvre la lenteur du temps, trouve une grande paix de l’âme et s’abandonne au giron du monde.

CE QU’EN DIT L’ÉDITEUR
Écrit dans une langue superbe qui maîtrise les rythmes et les registres, exploitant la magie du réel perdu et retrouvé, Le désarroi du vieil Hubert est la preuve que le «vieil auteur de la relève », qui a publié son premier roman à l’âge de soixante-douze ans, entend bien écrire tous les livres qu’il a rêvés au cours de sa vie.

André Hamel est né en Mauricie en 1944. Leméac a publié son roman Mourir d’oubli. Chroniques de la grand’rue et des alentours en 2017.

CE QU’EN DIT LA CRITIQUE
 bâbord, numéro 82, pp 66-68

L’angoisse de l’auteur avant la sortie de son ouvrage en librairie

Il y a quelques jours, monsieur H, l’auteur de Le désarroi du vieil Hubert, lisait une dernière fois le roman sur lequel il piochait depuis plusieurs mois. Il y a trouvé des coquilles, il les a corrigées, et relevé des maladresses, il les a atténuées. Le lendemain, son tapuscrit annoté prit le chemin de l’imprimerie.

Reste à savoir si son dernier titre trouvera son lecteur ? « À la grâce de Dieu. Ce que je pouvais faire, je l’ai fait », ne cesse-t-il de se dire depuis qu’il cliqué sur le bouton d’envoi de l’application Mail de son ordinateur portable. Pour le rassurer, ne suis-je pas son ami ? presque son double ? je me livre ici, et pour lui seul, à une analyse complaisante du travail d’Hubert Hubert, le narrateur de Le désarroi du vieil Hubert, en le comparant au travail d’Albert Allibert, un des narrateurs de Mourir d’oubli, le premier roman de notre vieil auteur paru en 2017 chez Leméac.

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Mourir d’oubli

André Hamel
Mourir d’oubli
Leméac éditeur, 2017

CE QUE DIT LE ROMAN
Couverture 2Sous le coup tantôt d’une grande fatigue, tantôt d’une grande inquiétude, Albert Allibert se laisse porter par les images qu’on lui a transmises et qu’il a conservées des morts dont il est le personnage: une mère distinguée devenue demoiselle Lupien et morte de démence, un père fantaisiste et effacé, perdu dans ses tableaux et ses inventions, une grande sœur disparue très tôt loin de la grand’rue, un grand-père déchu, visionnaire lubrique bon pour l’asile, une arrière-grand-mère qui fait de la misère les plus belles courtepointes du pays, une poupée de guenille et les frères Awashish qui, à la tête de l’île des Piles, dravent les corps des justes pour empêcher qu’ils ne s’échouent dans les eaux basses du chenal. Défilent ainsi la Batiscanie et la Mauricie, les âges brefs de la fourrure, du bois, du fer, de l’électricité et du papier, le temps long d’avant les blancs et les temps muséaux du Midwest réinventé. Mourir d’oubli est l’histoire de ce «peu pays» où se croisent, pur-sang et sang mêlé, les petites gens et leurs grands-prêtres, mais c’est aussi le mausolée d’Albert Allibert qui jette entre la mort et lui des armées de défunts qu’il fait revivre, quitte à leur inventer une vie, car il sait que tous meurent d’oubli, au bout du récit.

CE QU’EN DIT L’ÉDITEUR
Mourir d’oubli est une sorte d’ovni dans le ciel du Québec. À quoi comparer cette prose précise et rythmée, simple et recherchée, parfois précieuse et toujours juste? Ce sens des scènes qui donne à la lessive du lundi ou à l’attente du premier avion-réacteur une dimension épique? Ce regard qui saisit le grain des êtres, des objets et des lieux pour mieux les plonger dans cette vie cachée à laquelle seule donne accès la sympathie de l’imagination? On relit pour ne pas que ça finisse, on s’étonne que ce soit un premier roman, on doute que ce soit le dernier de celui qui se dit «un vieil auteur de la relève qui fouille et farfouille, se découvre et s’invente».

André Hamel est né à Grand-Mère, en Mauricie, en 1944. Il y a vécu ses vingt premières années et il est en passe d’y vivre ses dernières.

CE QU’EN DIT LA CRITIQUE
Le Devoir, 23 septembre 2017, page F1

À bâbord, no 73, pages 62-63